Les leçons d’une déconfiture — Emmanuel Morucci

Peut on dire que l’Europe est terminée parce que les Britanniques ont voté pour sortir de l’Union ? Bien sûr que non. Cela n’a aucun sens. L’Union est suffisamment solide pour supporter ce choc difficile. Bien sûr, on peut le penser, les dirigeants politiques ne semblaient pas avoir anticipé… Pourtant cette donnée aurait dû être introduite de façon sérieuse à partir du moment où la question est posée en référendum. Le fait qu’un pays puisse sortir de l’UE n’est pas, depuis le traité de Lisbonne, quelque chose d’extraordinaire. En effet, dans le traité, il était prévu qu’un État membre puisse quitter l’Union européenne. Auparavant ce n’était pas le cas. Et, preuve qu’un traité peut en remplacer un autre, le besoin démocratique s’était fait sentir, la possibilité de permettre un départ était introduit. Il doit se faire par référendum de la même manière que pour une adhésion. Dans les principes de l’UE, ce sont toujours les peuples qui décident de leurs orientations majeures.

Ainsi l’Union va poursuivre son chemin. Peut-être finalement avec un peu plus de facilité car le positionnement des Britanniques aura disparu. Leurs clauses d’exception et veto ne bloqueront plus les décisions communautaires.

Culturellement, les pays du continent se montrent plus attachés à l’Union européenne que ne l’étaient les Britanniques avec, comme on le dit depuis toujours, un pied dedans et l’autre ailleurs. Ainsi, les pays européens pourront s’entendre plus facilement car de cultures plus proches. Pourtant, une des leçons du référendum outre-Manche n’est pas de vouloir uniformiser les cultures mais, bien au contraire, de permettre leur développement en travaillant la dimension interculturelle.

Un thème concernera l’approfondissement de l’Union et confirmera les compétences déléguées tandis qu’un mouvement de subsidiarité devrait s’intensifier au niveau national et régional.

Autre leçon, il va falloir que les États membres et responsables politiques de tout poil valorisent la dimension européenne plutôt que la dénigrer. Jusqu’ici leur attitude a facilité l’implantation des partis populistes et antieuropéens. Une éducation à l’Europe est désormais urgente et nécessaire quelles que soient les générations. Il va falloir y mettre les moyens et ne plus abandonner la mission au seul secteur associatif. Les élus locaux et nationaux devront désormais se positionner clairement sur les questions européennes et porter le projet européen en déterminant les orientations politiques qui sont les leurs.

On voit déjà des députés courir derrières les partis antieuropéens et souverainistes et, pour certains, affirmer vouloir remettre des frontières et barrières partout ou supprimer les institutions européennes. Ce n’est pas responsable. Ce n’est pas non plus ce que souhaitent les Européens.

Il faut le dire et le redire : ce n’est pas l’Europe qui est mauvaise, c’est la manière dont les responsables politiques gèrent l’Europe en fonction de leurs intérêts politiques et personnels immédiats. Monsieur Cameron en est définitivement l’exemple le plus flagrant. C’est à lui que nous connaissons l’Europe d’aujourd’hui, bien éloignée du projet des fondateurs.