L’élection de Trump nécessite une « Europe puissance » ou comment les Européens doivent se bouger les fesses – Emmanuel Morucci

Chronique du 10 novembre 2016 – RCF

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis d’Amérique offre l’opportunité de se poser la question de l’avenir de l’Europe. C’est une occasion de regarder le monde, tel qu’il est, et autrement que par la petite lucarne ethnocentrée des partis politiques français et des mouvements d’extrêmes gauche et droite.

Si l’on observe les grandes régions économiques du monde, si l’on regarde les grandes puissances militaires et diplomatiques, on constate que les blocs qui gouvernent aux destinées du monde sont les USA bien sûr, mais aussi la Chine et maintenant la Russie.

Des USA qui s’engagent vers un protectionnisme économique avec un rétrécissement annoncé de ses échanges commerciaux avec le Mexique et Chine et, pour ce pays, une augmentation de 45% des droits de douanes. Pourtant les États-Unis ont besoin d’importer de nombreux produits et surtout d’exporter. Il est, en outre, évident désormais que les accords d’échanges avec l’Union européenne ne verront pas le jour. La question à se poser désormais est : est-ce, en vérité, une bonne ou une mauvaise chose pour nous, Européens ?

Deux autres puissances s’imposent désormais : la Russie avec son esprit de reconquête des relations internationales et sa volonté de main mise sur le Proche et Moyen-Orient comme sur les anciens satellites de l’URSS. Et puis la Chine qui peu à peu impose son hégémonie sur la planète, par la finance et l’économique, en rachetant notamment des biens publics, des entreprises et des terres un peu partout sur la planète.

Et je n’oublie pas le continent africain qui émerge tout comme l’Inde ainsi que le continent sud américain. Où est l’Europe dans ce jeu ? Que fait-elle? Que devient-elle ? Quel est son projet pour demain ?

L’Union européenne doit être un élément stabilisateur des situations mondiales. À condition bien sûr que les Européens le souhaitent, ou plus précisément que les gouvernants des pays européens en aient la volonté. Les Européens se sont éloignés de leur propre idéal. Ce ne sont pas les institutions qui sont trop lointaines ; ce sont les peuples qui ne se sont pas appropriés la dimension européenne comme territoire identitaire d’appartenance. Les Européens ont oublié leurs valeurs fondamentales au profit d’individualismes personnels et nationaux.

Les Européens se sont laissés abuser peu à peu par les destructeurs d’Europe, et ceux qui ont la conviction que l’UE peut jouer un rôle dans le monde ne se sont pas exprimés correctement ni avec la force nécessaire. Les résultats sont là. Le Brexit en est l’exemple. Les freins à des accords commerciaux régulant les relations économiques et commerciales avec d’autres régions du monde ne se nichent pas dans la recherche du bien commun européen mais dans tout son contraire : au profit de ceux qui ne veulent en aucun cas que l’Europe soit une puissance, et font tout ce qui leur est possible pour qu’elle reste divisée.

Il est encore temps pour les Européens de se réveiller et de poursuivre le projet européen. La situation mondiale l’exige Elle va obliger les dirigeants européens à doter l’UE d’une politique étrangère et de défense. En clair, l’élection de Trump à la présidence américaine devrait pousser les Européens à se « bouger les fesses ».

Emmanuel Morucci