De l’Europe évitée à l’Europe invitée, qui portera le flambeau? – Emmanuel Morucci

Chronique du 17 novembre 2016 – RCF

L’Europe est évitée par les prétendants aux primaires de la droite et de la gauche. Tel est le triste constat que l’on peut faire à quelques mois de l’élection présidentielle et de celle des parlementaires nationaux.

Pas un mot en effet, jusqu’à ce jour, sur la dimension importante que représente l’Union européenne. Et pourtant les questions économiques dont la compétence est partagée avec les Etats membres, l’environnement au moment où se déroule la COP 22, les transports et les communications, la politique agricole commune et la politique de la mer et de la pêche qui relèvent de compétences exclusives, personne n’en dit mot. Rien, nada, pas plus d’ailleurs (et même plutôt moins) sur les relations internationales et les risques de conflits, sur les questions de défense ou de diplomatie.

C’est étrange ce besoin d’occulter ce qui fait une part importante de notre réalité, de notre devenir, cette envie de cacher ce que des Français, avec les autres fondateurs, ont élaboré après la seconde guerre mondiale. Quelle est la source de ce désir de détruire ce qui rapproche les peuples et les nations, ce qui a permis la paix et les échanges en liberté depuis 70 ans ?

Et pourtant, le monde a besoin d’une Europe forte et les Européens ont besoin d’une Europe puissance. L’économie bien sûr est un domaine important et l’Union européenne reste aujourd’hui le plus sûr moyen d’organiser la régulation internationale planétaire.

Régulation veut dire mettre des cadres juridiques aux modes de productions et aux échanges commerciaux. Sans cela c’est uniquement le marché qui gère les relations commerciales. CETA, TTIP et autres accords commerciaux sont gérés par l’Union européenne à la demande des Etats membres pour la protection des Européens, et pas pour les enfoncer. Chacun d’entre nous doit alors se poser la question à la lumière des événements internationaux : qui a intérêt à ce que ces traités n’existent pas ? L’Amérique de monsieur Trump et l’hyper capital au pouvoir ? La Russie de monsieur Poutine qui gagne en hégémonie en grignotant peu à peu le territoire aujourd’hui européen? La Chine ? Aucune de ces trois régions importantes du monde n’a intérêt à voir une Europe puissance émerger. Et bien sûr, tous ceux qui, pour exister politiquement et médiatiquement, portent leurs sacoches, voilà une vraie question.

Autre sujet, qui ne reçoit pas de réponse : les relations avec les Turcs. Il n’est pas suffisant de dire que la Turquie ne peut entrer dans l’Union. Tout le monde est convaincu. Ce qu’il faut penser c’est le rétablissement du Proche et Moyen-Orient et le rôle que nous Européens pourrons y jouer.

Enfin, la situation militaire est préoccupante. Vouloir une France leader européen c’est fort bien, mais peu réaliste du point de vue de la Défense européenne et après le Brexit, au moment où les USA annoncent un désengagement de l’OTAN.

Je devrais aussi parler des migrants.

Et puis pour que la France soit leader en Europe, il faudrait déjà qu’elle dispose elle-même d’un leader. Un leader avec un vrai programme européen capable d’émerger du margino-politico-médiatique dans lequel hommes et femmes politiques de droite et de gauche s’enfoncent tous les jours un peu plus avec des discours aussi peu probants qu’ils sont inintéressants.

Alors, de l’Europe évitée par les candidats présidents, il faut passer à une Europe invitée, celle des valeurs et la culture commune, celle qui peut équilibrer le monde en plein désarroi et donner du punch aux Européens. Celle qui portera un vrai projet global pour la France et pour l’Europe. Reste à savoir qui portera ce flambeau. Aujourd’hui, pour moi, cela reste un mystère.

Emmanuel Morucci