Le Brexit de May aura lieu en mars

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On y voit plus clair dans les intentions du Royaume-Uni. Le Brexit sera hard ou ne sera pas. C’est en substance ce qu’a déclaré Theresa May, Premier ministre, depuis Londres. Elle s’adressait à son gouvernement, mais aussi à ceux des pays européens.

Les Britanniques ne font pas de concession. Ils ne veulent pas de demi-mesure. Ils quittent complètement l’Union européenne et le marché unique. Enfin, sur ce plan ils jouent sur les mots. On ne sait pas bien ce qu’ils veulent quitter : l’Europe politique sûrement mais le marché unique, pour quoi faire ? C’était pourtant bien leur idée aux Anglais, ce marché unique. Une volonté politique de madame Thatcher qui à l’époque a bataillé fermement pour l’imposer aux Européens. C’est donc bien à eux que l’on doit cette Europe libérale et commerciale qu’ils critiquent tant aujourd’hui. Mais ils n’acceptent plus les citoyens européens installés sur leur sol.

Et puis vont-ils partir vraiment ? Le veulent-ils vraiment ? Le peuvent-ils ? Quitter l’Union oui, mais en gardant le marché ouvert. Pas très convaincant comme orientation politique. Tout cela prête le flan à la critique facile. Ils veulent le beurre, l’argent du beurre et en plus le plus large sourire de la crémière.

Que les Européens se rassurent : les Britanniques n’auront pas tout. Bien sûr l’Union gardera de bonnes relations avec le Royaume-Uni. Aucune intention punitive, comme semble le craindre madame May, ne sera engagée. D’ailleurs, l’équilibre commercial restera ce qu’il est aujourd’hui :  3% de PIB d’échanges depuis l’UE vers le RU contre 13% entre le RU et l’UE. Cela ne pénalisera pas tant que cela l’UE. En revanche, la pilule risque d’être plus difficile à avaler pour le peuple britannique. L’inflation va être plus forte et avec un rétablissement d’un tarif douanier, les taxes vont alourdir considérablement le prix des produits.

Le RU commence seulement à se rendre compte des effets du Brexit. Les prix commencent à monter sur les étals et il faudra, de plus, qu’au moment du départ effectif, le pays paie les frais de retrait et de retraite des personnels britanniques en poste dans les institutions européennes. Un chiffre de 60 millions d’euros est avancé.

Les entreprises implantées à Londres sont inquiètes. Le secteur bancaire notamment qui cherche à rapatrier sur le continent les cadres travaillant dans la finance grâce au passeport financier européen. C’est un ticket d’entrée, au coeur de la bataille du Brexit qui permet à une société de vendre des produits financiers au sein de l’UE. HSBC annonce cette semaine le déplacement de 1000 salariés vers la place de Paris. D’autres capitales font le forcing pour accueillir d’autres directions générales de grands groupes.

Le RU se voit comme une grande puissance globale. C’est bien ce qui apparaissait en  fond d’écran pendant le discours de madame May. Mais le pays ne doit pas perdre de vue que les échanges se négocient et se réalisent entres ensembles régionaux. L’UE, la Chine, les USA sont des dimensions de relations commerciales. Ce sont aussi les dimensions des relations diplomatiques. Les tensions, lorsqu’elles existent, naissent au sein de ce relationnel. On le sent avec l’arrivée au pouvoir de monsieur Trump. Le protectionnisme économique qu’il prône semble raviver le risque de guerre économique.

La question qu’auraient dû se poser les Britanniques était : « Entre Union européenne et États-unis d’Amérique, où est la bonne place ? » Ils ont manifestement choisi l’Amérique de monsieur Trump.

Emmanuel Morucci

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