60 ans de l’Europe: retraite ou seconde jeunesse

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La semaine prochaine, l’UE ne comptera plus que 27 membres. Les chefs d’États doivent se réunir à Rome, pour redéfinir la voie à suivre par l’Europe. L’enjeu est de taille…

La semaine est importante pour l’Union européenne. D’abord parce que c’est la dernière que nous vivons à 28 membres. Dès la semaine prochaine l’UE n’en comptera plus que 27. Ensuite parce que l’on fête samedi prochain, le 25 mars, le 60ème anniversaire du Traité de Rome. La date permettra à des milliers d’Européens de se retrouver dans la capitale italienne pour célébrer ces années passées dans un cadre de « relations entre Européens sans cesse plus étroites » selon l’expression de Jean Monnet, et aussi pour lancer le projet et la conception de l’Europe des 27.

Relancer le projet européen, le ré-enchanter ; voilà ce à quoi aspirent les citoyens européens qui défileront par milliers dans la ville éternelle ce samedi. Ils viendront de toute l’Europe. Et elle en a bien besoin, notre Europe, de cet élan citoyen. Même pour l’optimiste que je suis, il est clair que UE rime aujourd’hui avec crise et délitement. Je me pose souvent la question : qu’est devenue l’idée européenne originelle ? Dépouillée de son contenu initial, l’Union souffre de déficiences et de contradictions. Elle est trop lointaine, technocratique, et oublie les personnes qui la composent disent les uns, tandis que d’autres recherchent un retour sur le passé et brandissent les nationalismes : finalement tout ce qui ne devait pas se faire dans l’Europe de Robert Schuman, de Jean Monnet, de Robert Spaak et d’Alcide de Gasperi.

C’est vrai, les Européens ont oublié ce pourquoi la construction européenne a été lancée. Ils ont oublié l’histoire. 60 ans de paix. Ce qui est exceptionnel pour le continent européen. Ils ont oublié les valeurs fondatrices : la démocratie, l’état de droit, la citoyenneté et l’économie de marché, la paix, la solidarité. Ils ont oublié que l’Europe est à l’origine de progrès sociaux, de réussites scientifiques, technologiques, économiques et sociales. Le 60ème anniversaire est l’occasion de se réinterroger. Doit-on, comme le veulent certains, balayer d’un revers de manche tous ces progrès, toutes ces relations tissées peu à peu et parfois péniblement ? Non vraiment. Cela n’est pas possible. En revanche posons-nous la question de l’ambition nouvelle de l’Union européenne, pour elle-même, pour ses citoyens et pour le reste du monde. Ne nous privons pas de tracer de nouvelles voies. Mais restons dans le cadre initial des fondateurs. Leur discours était de vraie nature constitutionnelle. Il marquait un pas en avant après des années de terreur, de guerres, de peur, de haine, de misères.

Aujourd’hui plus que jamais, il faut donner à l’Union un gouvernail afin qu’elle puisse naviguer, c’est-à-dire mettre en place une vraie et réelle gouvernance. Il faut ensuite décider d’une série de mesures symboliques fortes pour que les citoyens européens prennent totalement conscience de la chance qu’ils ont de vivre en Europe. Ils doivent être conscients de leur responsabilité́ pour que tout soit fait afin que l’Union devienne notre bien commun. À ce sujet il faudra oser réaffirmer haut et fort les valeurs fondatrices, et écrire un texte commun fédérateur dans lequel les Européens se retrouveront et auquel ils adhèreront. Il faut enfin des politiques particulièrement efficaces pour renforcer la cohésion européenne, pour construire une société́ européenne unie, et pour développer une économie européenne qui reste tout de même la première puissance économique du monde.

Pour nous aider à prendre la bonne décision, à suivre la meilleure voie possible, la commission européenne vient de publier un livre blanc pour l’Union à 27. Elle y propose 5 scénarios. Le premier s’inscrit dans la continuité, le second prévoit un seul marché unique, le troisième propose aux États qui le veulent d’en faire plus, le quatrième d’en faire moins mais de façon plus efficace, et le cinquième d’en faire beaucoup plus et tous ensemble. Les chefs d’États et de gouvernement trancheront lors du sommet de Rome. L’enjeu est de taille : pour que les 60 ans de l’Europe ne riment pas avec l’âge de la retraite, mais bien avec celui d’une seconde jeunesse.

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