Le 9 mai devrait être férié pour tous les Européens

Par Emmanuel Morucci

 

Nous connaissons le 9 mai comme étant la « fête de l’Europe ». C’est la journée officielle décidée en 1985 au sommet de Milan. Porteuse de symboles, elle devait devenir un moment commun fort, un temps pour tous les citoyens de l’Union Européenne. Il s’agit, en cet anniversaire de la déclaration Schuman (1950),  de célébrer la paix et l’unité en Europe. C’est l’acte de naissance de l’UE. Le hic est que si certains états y attachent de l’importance d’autres ne s’en préoccupent pas ou peu. En France, c’est généralement un moment pour « faire de l’information » sur la construction européenne.

Journée de l’Europe ou Fête de l’Union européenne ?

Nombre de nos concitoyens ne savent pas ou plus que l’appellation  « Journée de l’Europe » est également utilisée le 5 mai par le Conseil de l’Europe et ses 47 États membres. Cela remonte à  une décision de 1964 du Comité des Ministres qui en a fait la date anniversaire de la création du Conseil de l’Europe en 1949. Le 5 mai porte un autre ensemble de valeurs que celles de l’UE. Le vocable devrait évoluer. Ainsi, la Journée de l’Europe pourrait être attribuée au Conseil de l’Europe dans sa dimension continentale, et la Fête de l’Union européenne réservée aux ressortissants de l’UE, détenteurs de la citoyenneté européenne. En ce sens, le 9 mai deviendrait  un élément structurant et constitutif d’un sentiment d’appartenance à l’UE. Pour être efficace, il devrait être un jour férié, chômé, commun.

En fait, si depuis 1985 plusieurs manifestations se déroulent ici ou là, on ne peut dire que l’objectif est réellement atteint. Peu de citoyens se reconnaissent en cette journée spécifique. Pourtant elle fait partie, comme le drapeau, l’hymne, l’euro ou le passeport, des symboles de l’UE. A ce titre elle devrait être un élément fort de la culture européenne. Elle pourrait être un rendez-vous rituel comme peut l’être un 14 juillet en France ou un 4 juillet aux USA. Comme symbole, le 9 mai est un des ingrédients composant notre culture commune. La fête de l’UE trouve ses racines dans nos histoires, le mythe fondateur, nos héros, nos fondateurs, nos textes communs, notre gouvernante commune, nos valeurs  auxquelles, et c’est une condition, adhèrent les 27 états membres : la paix, la démocratie, la solidarité, la justice, la citoyenneté.

Un symbole de notre culture commune

Aujourd’hui, casée entre les journées du coloriage, du lupus, de la procrastination ou celle des pompiers  (il y en a plus de 300), la fête de l’Europe ne trouve pas sa substance. Elle ne remplit pas sa mission comme étant un temps fort du projet européen.  Elle n’a pas le statut des temps citoyens comme peuvent l’être les fêtes nationales. Et pourtant l’UE est, tout comme la nation ou la région, une de nos dimensions territoriales d’appartenance : se sentir européen participe de notre construction identitaire.

En présentant ainsi le 9 mai on se place dans une dimension plus anthropologique, culturelle et sociétale plutot que technique ou économique ou financière, il n’en demeure pas moins que l’UE ne se parachèvera qu‘avec ses citoyens et leur adhésion au projet. Ils doivent inscrire dans leur conscience l’appartenance commune. Célébrer la construction européenne au travers d’un jour commun férié, en est un moyen, un outil d’éducation et de socialisation.

Au moment où le président Macron veut refonder l’UE, voilà une piste de travail pour les consultations qu’il entend mettre en marche.