« Il nous faut mieux d’Europe ! »

Stéphane Roudaut, maire de Gouesnou, vice-président de Brest métropole et conseiller régional de
Bretagne vient de signer la charte des maires et élus de France pour la citoyenneté européenne.
Il explique les raisons de son engagement européen.
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Monsieur le Maire, pourquoi êtes-vous signataire de cette charte pour la citoyenneté
européenne ?
Il s’agit pour moi d’une évidence. L’Europe est dans mon ADN, c’est l’un des fondements de mon
engagement. Je me sens tout autant breton, français qu’européen. Je crois aux valeurs européennes,
je crois en la construction européenne. D’ailleurs, quand on y pense sérieusement, c’est notre seul
véritable horizon.
La citoyenneté européenne n’est pas un concept creux, bien au contraire. C’est la liberté de circuler,
de séjourner, de travailler et d’étudier dans les pays membres de l’Union européenne. C’est
également un socle de droits fondamentaux – civils, politiques, économiques et sociaux – et de
garanties juridiques.
Le Brexit approchant, nous nous rendrons compte que la citoyenneté européenne est tout sauf une
notion vide de sens. Je plains sincèrement nos amis britanniques qui vont se trouver dépossédés de
ce socle de droits.
Enfin, en tant qu’élu, il est de mon devoir de contribuer à faire connaître et reconnaître les valeurs
que véhicule cette citoyenneté européenne. Et je souhaite que nous soyons très nombreux à nous
saisir de ces enjeux.
Je le fais par conviction profonde. Je le fais parce que c’est mon rôle de maire.

La charte prévoit un certain nombre d’engagements pour les signataires. Quels seraient les vôtres ?
L’Europe est souvent dépeinte comme opaque, complexe et distante vis-à-vis de ses citoyens. Il y a
un véritable déficit de compréhension à résorber, et j’estime que la commune en tant qu’échelon de
proximité a elle-même une responsabilité à assumer. Pour ces raisons, je m’engage à permettre une
meilleure information sur la citoyenneté européenne et les élections européennes à la mairie ainsi
que sur nos supports de communication.
Mais au-delà de ces engagements formels, je souhaite ardemment que nous, élus, nous emparions
de la question européenne, que nous dépoussiérions notre schéma de pensée et de communication.
Aujourd’hui, dire que l’Europe est la fille de la Seconde Guerre Mondiale ne suffit plus.
Dire que l’Europe est synonyme de paix, cela ne suffit plus !

Cela ne parle pas aux jeunes générations, qui souhaitent des réponses concrètes sur ce que notre
Union européenne leur apporte, et ce qu’elle peut leur apporter, dans leur quotidien et leurs projets.

Il s’agit donc de changer le discours national vis-à-vis de l’Europe ?
Evidemment ! Il faut changer le discours national !
L’Europe sur la scène politique est devenue le réceptacle des passions, des incompréhensions, des
exaspérations.
On la perçoit comme la cause de la perte de souveraineté de la France, ce qu’elle n’est pas.
On la perçoit comme une couche du millefeuille administratif, ce qui est un non-sens.
On la perçoit comme une notion éloignée alors qu’elle est très proche.
Nous faisons face à une tendance, que je déplore vivement, à ne retenir que le mauvais, ce qui ne
marche pas, au détriment du reste. Pour seul exemple, la construction européenne a apporté tout
un corpus de normes sur la qualité des produits, le contrôle des importations, les exigences
sanitaires. Et l’on ne retient que la controverse du glyphosate !
Tout n’est pas parfait, loin de là, j’entends les critiques, les déceptions, et je les partage ! Je suis moi-
même déçu, frustré d’Europe.
Il y a matière à mieux faire, sur les questions de convergence économiques et sociales – je pense à la
fraude sur le détachement des travailleurs – les questions migratoires, etc.
Pour ces raisons, oui, je plaide pour plus d’Europe, et surtout, je milite pour « mieux d’Europe ».
C’est prioritaire.
Justement, quelle est cette Europe pour laquelle vous plaidez ?
Plaider pour « mieux » d’Europe, c’est avant tout plaider pour une Union européenne qui puisse
réellement peser sur la scène internationale.
Aujourd’hui, les enjeux sont mondialisés. La question du dérèglement climatique est on ne peut plus
prégnante et risque de précipiter une crise migratoire sans précédent. De nouveaux rapports de
force émergent, sous l’effet de la montée des unilatéralismes de l’Amérique de Trump, la Chine et la
Russie, sans oublier les « GAFA », ces géants du numérique dont on commence à peine à prendre la
mesure du danger qu’ils peuvent constituer.
Face à cette donne, comment pouvons-nous envisager que la France seule, avec ses 65 millions
d’habitants, puisse se faire entendre et respecter sur les questions environnementales et
humanitaires, la politique commerciale, nos intérêts géostratégiques, la menace terroriste, la
défense de nos brevets ou encore la protection de nos données personnelles ?
Seule l’Union européenne peut nous donner une taille, une masse critique nous permettant de faire
contrepoids aux autres superpuissances et de préserver le multilatéralisme dans les relations
internationales.

Après, cela ne suffit pas, nous ne luttons pas à armes égales dans certains secteurs, et c’est pour cela
que nous devons avancer vers une plus grande convergence. Dans le domaine industriel par
exemple, il nous faut intensifier nos coopérations, à l’image de ce qui se fait avec Airbus ou l’Agence
Spatiale Européenne.
Il nous faut plus de collaborations, il nous faut plus « d’Airbus ».
Sur la défense, la question d’une armée européenne n’est plus taboue, et c’est tant mieux.
Commençons par instituer une mutualisation et une mise en commun de moyens humains et
matériels sur des missions humanitaires, ou comme je le préconise, une force d’intervention sur les
catastrophes naturelles, avec une capacité immédiate de projection.

Quel est votre sentiment à l’approche des prochaines élections européennes (le 26 mai 2019) ?
En premier lieu, j’aimerais que les aspirations démocratiques du moment se concrétisent dans les
bureaux de votes. 42 % de participation en 2014, ce n’est pas acceptable, et cela me désole. Je crois
sincèrement qu’en promouvant collectivement cette notion de citoyenneté européenne, sans
arrière-pensée politicienne, nous ferons revenir les électeurs vers les urnes.
En second lieu, et je le redis, nous avons un besoin d’Europe. Nous avons besoin de plus d’Europe, et
surtout, de « mieux » d’Europe. Nous avons tout à perdre à nous opposer, à nous diviser, et à nous
isoler sur la scène internationale.
Le 26 mai 2019, nous devrons répondre à une question et une seule : quelle Europe voulons-nous ?
Et j’ai peur qu’en face, une nouvelle fois, les partis du « contre » pervertissent l’essence de cette
échéance en la transformant en un référendum anti-pouvoir, anti-système, « anti-tout ».
Je le répète, à toute élection, une question nous est posée, et donc, lors de l’élection européenne,
c’est à une question européenne que nous devons répondre : celle de la construction de notre Union
et à qui elle sera confiée. Cela dépasse le climat actuel, il n’est pas question du président Macron, de
Mélenchon, Le Pen ou d’autres.
La question européenne dépasse tout cela, elle nous dépasse tous. Elle nous ramène à la société et
au monde dans lesquels nous voulons vivre. Et aux moyens que l’on se donne.
Prenons garde ! Cette décision est lourde de conséquence et nous engagera pour des décennies.
A qui confions-nous cette responsabilité de la construction européenne ?
Voulons-nous vraiment d’une France en dehors de l’Europe ?
Voulons-nous vraiment d’une France en marge de l’Europe ?